
Tous les contes parlent d’un « coeur pur »
La parabole du jardinier immortel
De nombreuses légendes ont été tissées autour du mystère de la Fleur du Cœur. Certains l’appellent la Fleur de Vie ; d’autres parlent de la Fleur d’Or ; d’autres encore affirment qu’il s’agit de la Fleur d’Immortalité. Tous ces noms ne sont pas fortuits : ils reflètent le parfum bienfaisant de cette Fleur et lèvent peu à peu le voile du mystère qui l’entoure…
« Il était une fois un homme qui vivait dans une petite vallée cachée au cœur des montagnes. Il menait une vie simple et insouciante ! Beaucoup l’appelaient saint ; d’autres, moine ; d’autres encore, l’Éveillé.
Pourtant, il ne parlait ni ne pensait à lui-même de cette manière.
Il se disait parfois jardinier, bien qu’il n’eût pas de jardin. Il ne cultivait qu’une seule fleur : la Fleur d’Or du Cœur Spirituel, la Fleur qui confère l’immortalité.
Cet homme vivait simplement. Il vivait pleinement et se réjouissait de l’existence qu’il contemplait. Il était ami des montagnes où il habitait, des vents qui soufflaient sur sa petite vallée, des herbes et des fleurs qui y fleurissaient au printemps et embellissaient sa demeure durant l’été. Il était ami des étoiles qui lui souriaient la nuit et du soleil qui brillait le jour. Il était même ami des nuages et de la neige qui recouvraient sa maison à la fin de l’automne et durant le froid de l’hiver.
Parfois, des animaux ou des oiseaux venaient à lui ; c’étaient ses amis. Parfois, des personnes ayant besoin d’aide et de guérison venaient le voir. Et il les aidait tous ; il n’a jamais refusé d’aider qui que ce soit.
Il vécut très longtemps. Mais un jour, sa Fleur s’épanouit et il fut temps pour lui de partir ; il rejoignit les autres Immortels et devint le Jardinier, qui sème des graines et cultive des pousses donnant naissance à de nouvelles Fleurs d’Or.
Il a laissé aux hommes le souvenir de la Fleur d’Or qui confère l’immortalité et de la Source du Fleuve d’Amour qui coule et nourrit les Fleurs en croissance.
Le mystère de la Fleur d’Or attirait les hommes. Ils gravissaient les montagnes pour trouver la Fleur d’Immortalité. Ils y trouvaient diverses fleurs, les arrachaient sans pitié et en faisaient des poudres, des teintures, des décoctions et des onguents… Mais ces potions ne pouvaient les rendre immortels…
D’autres croyaient qu’un pouvoir magique était caché dans les racines. Ils les déterraient et tuaient en vain ces douces créatures…
Personne ne parvint à trouver la Fleur d’Or. Et son mystère demeura irrésolu…
…Mais un jour, un jeune homme arriva en ce lieu. Sa bien-aimée était gravement malade et on lui avait annoncé qu’elle allait mourir. Pourtant, un guérisseur lui assura qu’elle guérirait si cet homme lui donnait la Fleur de Vie.
Le jeune homme se rendit à la montagne et y découvrit une fleur magnifique. Sa corolle était si délicate qu’il la prit pour la Fleur de Vie ! Il s’agenouilla devant elle, incapable de l’arracher. Sa compassion pour la vie l’empêchait de profaner cette beauté… Le jeune homme baissa les mains et murmura : « Pardonne-moi ! » On ne sut s’il s’adressait à sa bien-aimée ou à la fleur…
À ce moment-là, une voix se fit entendre : « Celui qui respecte la vie mérite d’être aidé ! »
Cette Voix était la Voix du Divin Jardinier, qui pouvait apparaître à tout moment et en tout lieu sous les traits de n’importe quel Immortel.
Il était lui-même l’incarnation même de la Lumière et de la Paix. La félicité émanait de chacun de ses mouvements et de chacune de ses paroles.
« Je suis heureux que vous ayez eu pitié de cette fleur ! » dit-il.
« Mais la fille que j’aime est en train de mourir… » murmura le jeune homme.
« On t’a dit de lui donner la Fleur de Vie. Mais il est impossible de l’arracher et de l’emporter ailleurs ! Il n’est possible de la faire pousser que grâce à l’amour de ton cœur, nourri par le Fleuve de l’Amour ! »
« Mais ma bien-aimée est en train de mourir… Et je n’ai pas assez de temps pour l’aider… », répondit le jeune homme.
« Ne t’afflige pas, je vais t’aider. Là-bas se trouve la Source du Fleuve d’Amour. Un petit ruisseau pur y coule également. Emplis tes mains de son eau et dis-lui du fond de ton cœur : « Je t’aime ! » Puis verse cette eau sur la fleur et dis-lui les mêmes mots : « Je t’aime ! » Au bout d’un moment, des gouttes de rosée apparaîtront sur les pétales. Recueille ces gouttes de rosée, et cela suffira à guérir ton être cher ! Et pendant que tu attends l’apparition de la rosée, entre dans le Fleuve d’Amour et efforce-toi de comprendre les Lois de l’Amour selon lesquelles on peut vivre heureux sur Terre ! »
Le jardinier expliqua au jeune homme comment plonger dans le Flux de la Lumière Vivante du Fleuve d’Amour et disparut.
Le jeune homme demeura longtemps dans ce courant et écouta la Rivière Vivante ; ses flots chantants lui révélaient les mystères de la vie, les lois du Tao.
Il comprit comment l’amour transforme une vie humaine et que celui qui n’a pas l’amour dans son cœur ne peut entrer dans le Fleuve de l’Amour ! Les âmes où ne brille pas la lumière de l’amour sont incapables de toucher le Flux de l’Amour Vivant ; c’est pourquoi elles sont privées de bonheur.
En revanche, ceux qui vivent en donnant leur amour s’épanouissent dans le Fleuve de l’Amour où coulent la Lumière, la Joie et la Félicité ! Et seuls ceux-là peuvent connaître le bonheur !
Lorsque le jeune homme comprit tout cela, empli de bonheur et transformé, il aperçut des gouttelettes transparentes sur les pétales de la fleur. Il les cueillit délicatement et alla trouver sa bien-aimée. Elle prit le remède du jardinier et fut guérie.
… Ils vivaient dans la paix et le bonheur, car leurs vies s’écoulaient dans le Fleuve de l’Amour !
… Lorsque leur fils grandit et devint un jeune homme, il décida de remercier le Jardinier Immortel pour la guérison miraculeuse de sa mère, pour la vie qu’Il lui avait donnée, et par là même pour lui.
Il prit donc la route pour trouver cette petite vallée dans les montagnes.
Il grimpait toujours plus haut et admirait la beauté qui s’offrait à sa vue. Des montagnes majestueuses le saluaient, leurs sommets illuminés par le soleil. Une douce brise, soufflant sur les vastes étendues, l’enveloppait. Les fleurs, qui embellissaient une vallée, lui offraient leur parfum. Il marchait, et les étoiles lui souriaient la nuit, et le soleil illuminait chaque jour de sa vie.
Il découvrit la petite vallée dans les montagnes où vécut jadis le Jardinier Immortel et la Source d’où jaillissait le Fleuve de l’Amour.
Il pensa alors : « J’aimerais cultiver la Fleur de Vie et ensuite parler aux gens du Chemin vers le vrai bonheur ! »
Et aussitôt, il aperçut le Jardinier Immortel. Le Jardinier dit : « Qu’il en soit ainsi, car tu rêves non seulement de ton propre bien-être, mais aussi de celui des autres ! Je te montrerai comment, du Silence du Tao, la Fleur de Vie s’épanouit dans le cœur spirituel humain ! Je te révélerai les Profondeurs d’où elle jaillit ! Alors tu pourras faire pousser ta propre Fleur et révéler aux hommes le mystère de la Fleur de Vie, la Fleur du Cœur, qui naît du Tao Infini et s’épanouit dans l’âme humaine ! Toi aussi, tu pourras devenir le Jardinier ! »
Pourquoi ce conte et ce qu’il peut apporter comme message spirituel universel à mon sens ?
La fleur de vie enseigne que :
l’univers n’est pas chaos mais ordre sacré
chaque être a sa place exacte dans la symphonie divine
Contempler cette forme aide à :
-réaccorder le cœur
-retrouver l’harmonie intérieure
-Le cœur (qalb) comme centre
En soufisme, le cœur spirituel (qalb) est le lieu de la connaissance de Dieu.
Le centre de la fleur évoque :
-le cœur éveillé
-le point où l’humain peut rencontrer le Divin
Plus on s’éloigne du centre, plus on est dans la dispersion ; plus on y revient, plus on est dans la présence (ḥuḍūr).
-La connaissance par la contemplation
Le soufisme privilégie la connaissance par l’expérience intérieure, pas seulement par l’intellect.
On peut la comprendre comme une métamorphose radicale de l’être, pas une simple amélioration morale.
Je rapproche cette conception à d’autres spiritualités:
Dans la tradition essénienne on parle du « retournement du coeur «
Les Esséniens cherchaient la pureté du cœur et l’alignement total avec la Loi divine et l’ordre cosmique.
Le « retournement du cœur » (proche de teshouva en hébreu) signifie :
Se retourner intérieurement vers la Lumière c’est quitter un cœur divisé pour un cœur unifié.
Ce que signifie ce retournement: C’est le renversement de l’orientation intérieure
Le cœur cesse d’être tourné vers l’ego, la peur, la domination
→ il se tourne vers la vérité, la justice, la compassion.
-Très importante Unification du dedans et du dehors
Chez les Esséniens, le mal n’est pas seulement un acte :
-c’est une désorientation du cœur.
Le retournement restaure la cohérence entre pensée, parole et action.
-Passage du cœur de pierre au cœur vivant
Image très présente dans les textes proches du courant essénien :
-le cœur devient sensible, réceptif à l’Esprit.
-C’est un acte concret, pas juste intérieur
Ce retournement se manifeste par :
-une vie sobre
-la fraternité
-la non-violence
-la vérité absolue dans la parole
Pour les Esseniens le lien avec l’enseignement de Jésus:
On retrouve cette idée dans les paroles attribuées à Jésus de Nazareth :
« Changez de cœur » (souvent traduit par repentez-vous)
Mais ici, il ne s’agit pas de culpabilité, mais d’un changement d’axe intérieur — exactement dans l’esprit essénien.
Le retournement du cœur essénien n’est pas corriger ses fautes mais changer la source depuis laquelle on vit.
Le cœur comme outil du chaman:



